Un portrait liégeois de l’école colonaise

Avril 2014
 avril 2014
par  Musee
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Barthel BRUYN (Cologne, vers 1530 - Cologne, vers 1607-1610)
Portrait d’homme
Huile sur panneau
Musée des Beaux-Arts de Liège (BAL)


Lors d’une vente publique en 1945, le Musée d’Art wallon a acquis ce portrait d’homme présenté comme étant celui du peintre Lambert Lombard à la fin de sa vie. Une inscription latine sur le cadre désigne l’œuvre comme un portrait « obiit », panneau commémoratif portant généralement le nom et les armoiries du défunt1. Lors des funérailles, il était d’usage de placer le portrait bien en vue.

Suite à une analyse stylistique poussée de l’historien de l’art Didier Martens, le tableau a été rapproché de l’École colonaise de la deuxième moitié du XVIe siècle, attribué au peintre Barthel Bruyn le Jeune (vers 1530 – vers 1607-1610). Cette dénomination le distingue de son père auprès de qui il s’est formé, Barthel Bruyn l’Ancien.

Dans le cadre de la réouverture du BAL, cette œuvre a fait l’objet d’un traitement de conservation-restauration. Elle va pouvoir ainsi intégrer la collection de peintures du XVIe siècle exposées au début du parcours muséal.

Cette peinture à l’huile est exécutée sur un panneau de chêne dont la partie supérieure est chantournée. L’encadrement est d’origine : les quatre montants sont assemblés à tenons et mortaises et sont maintenus par deux chevilles de bois à chaque angle.

L’œuvre a déjà été restaurée précédemment mais cette intervention antérieure a mal vieilli. Un épais vernis oxydé recouvrait l’ensemble de la peinture et ternissait considérablement la composition. De nombreux surpeints (retouches débordantes) masquaient les usures et les lacunes de la couche picturale. Ces surpeints réalisés à la peinture à l’huile se sont assombris au cours du temps et perturbent la bonne visibilité de l’œuvre. Le manteau noir du personnage, par exemple, était entièrement recouvert d’un surpeint homogène de couleur identique.

Le support est en très bon état de conservation. Seuls quelques petits soulèvements de la couche picturale témoignent d’une légère contrainte du panneau due à des variations climatiques trop importantes.

Après un fixage de la couche picturale qui permet d’éviter de nouvelles pertes de matière, un dévernissage de l’œuvre a été entrepris. Le panneau avait été préalablement retiré de son encadrement. Les petites retouches locales et les surpeints ont également été éliminés.

La couche picturale est fine, appliquée sur une préparation écrue recouverte d’une couche d’impression colorée beige rosé. Cette couche a pour fonction de réchauffer les tonalités par transparence. Le nettoyage de l’œuvre a mis à jour une peinture assez lacunaire et usée, néanmoins elle conserve une très belle qualité picturale qui a pu être mise en valeur par le travail de retouche.

Au cours de la restauration, le cadre a fait l’objet d’une étude technologique plus approfondie. L’inscription visible sur le cadre étant un surpeint tardif, nous avons réalisé une radiographie de l’œuvre qui a confirmé la présence d’une inscription sous-jacente. Malheureusement, l’inscription ancienne est indéchiffrable car les lettres se superposent.

De petites fenêtres de dégagement réalisées sous microscope binoculaire ont révélé des traces de dorure sur les moulures du cadre mais également une partie des lettres anciennes. Cette inscription semble originale car nous retrouvons sous le fond noir la même couche d’impression beige rosé que sur le panneau.

Enfin, nous devons poursuivre les investigations plus loin pour tenter de déchiffrer l’inscription originale qui pourrait nous donner le nom du personnage représenté ainsi que la date à laquelle l’œuvre a été exécutée. Ces informations sont très riches pour comprendre la genèse de l’œuvre. Certaines méthodes d’analyses complémentaires telles que l’imagerie dans l’infrarouge pourraient nous donner des informations plus précises. Grâce à la poursuite de cette enquête passionnante, l’identité de ce personnage sera peut-être révélée...

Audrey Jeghers
Restauratrice des Musées de la Ville de Liège

1 D. Martens, Le portrait obiit de Lambert Lombard représente-t-il réellement le peintre liégeois ?, Wallraf-Richartz-Jahrbuch, 52, 1991, pp.77-90.

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