Prélude à Marcel Caron

Juillet 2013
lundi 1er juillet 2013
par  Musee
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En prélude à l’exposition consacrée à l’artiste liégeois Marcel Caron qui se tiendra au Musée des Beaux-Arts de Liège (BAL), du 6 septembre au 13 octobre 2013, une œuvre de l’artiste appartenant aux collections du BAL est mise à l’honneur.

Marcel CARON
Son enfant (Maternité), 1927
Huile sur toile
Dépôt de la Fédération Wallonie-Bruxelles en 1952
Musée des Beaux-Arts de Liège (BAL)


Une femme assise sur une chaise, face au spectateur, occupe tout l’espace du tableau et tient dans ses bras un enfant nu. Un village constitue l’arrière plan. Les habitations sont représentées sous forme de plans colorés rabattus, sans aucun détail et sans intention de crédibilité spatiale.

Cette œuvre, appartenant à la Fédération Wallonie-Bruxelles, est mise en dépôt au Musée des Beaux-Arts de Liège, en 1952. Il s’agit d’une maternité, datée de 1927. À l’heure de son engouement pour le mouvement expressionniste, l’artiste peint son sujet conformément aux caractéristiques stylistiques du genre : robustesse des personnages au modelé ferme, volonté de rendre la rudesse du milieu, découpe du paysage en plans rabattus - à la façon cubiste, et emploi de couleurs en aplats homogènes, évoquant un environnement sans concessions. Toutefois, si Marcel Caron adopte pleinement les canons expressionnistes, il y ajoute, selon Jacques Parisse, critique d’art, un « naïvisme un peu attendri » qui fait la spécificité de son travail.
L’œuvre que voici se situe à un tournant de sa période expressionniste. Ses débuts se distinguent par la représentation de figures humaines, occupées par leur activité professionnelle ou dans leur vie quotidienne. Ils sont campés dans un décor organisé et équilibré, cherchant à rendre fidèlement les atmosphères.

Avec la « Maternité » s’amorce imperceptiblement une mutation dans le traitement du sujet. Les personnages sont figurés seuls, figés et emplis d’assurance tandis que le décor devient une sorte de prétexte décoratif n’entretenant qu’un lien ténu avec les protagonistes. L’attitude des personnages est statique et il se dégage de l’ensemble une atmosphère rigide.

Bien que l’aspect formel conserve les canons chers aux expressionnistes - visages anguleux, coloris sombres et ferme rendu des volumes - on est loin du traitement tendre et sentimental des premières maternités du début des années 20. Ces dernières figuraient la mère allaitant affectueusement son enfant. Le style y était plus souple et doux, tout en courbes et contre-courbes. Le lien maternel y était clairement apparent et se cristallisait par des gestes d’affection : une main posée sur la tête de l’enfant, une étreinte bienveillante, l’enfant contre le sein maternel.

La « Maternité » qui nous occupe ne recèle pas cette chaleureuse humanité. On y voit une mère portant son enfant dans un geste figé et rigide. Ce hiératisme maternel est souligné davantage encore par le montant vertical de la chaise. Les regards se détournent dans une indifférence rêveuse. L’enfant pose son bras sur l’épaule de sa mère, dans une posture empruntée. Tous deux semblent poser individuellement.

A première vue, une parenté formelle rapproche cette maternité des vierges à l’enfant de l’époque romane, appelées Sedes Sapientiae (Siège de Sagesse). Figées dans des attitudes mal dégrossies et conventionnelles, leur archaïsme formel s’accommode des préoccupations expressionnistes à rendre la rudesse de la vie et les croyances populaires dans le monde rural. L’emploi de volumes bruts, la froideur des attitudes, la rigidité des postures sont autant d’outils permettant de déformer la réalité et participent à exprimer formellement les rigueurs paysannes.

Inscrit dans le mouvement expressionniste, Marcel Caron se singularise, néanmoins,
par des compositions équilibrées et mesurées, plus réfléchies qu’intuitives, qui empruntent au vocabulaire classique. Ses couleurs sont non moins recherchées et
se caractérisent par une harmonie de tons à la valeur décorative. Sans conteste,
l’intérêt de l’artiste pour la décoration intérieure influe sur sa conception des arrière-plans. Ils ne servent plus seulement à contextualiser mais jouent le rôle de toile de fond décorative. C’est le cas pour l’œuvre présentée ici.

L’artiste nous livre avec sa « Maternité » un beau témoignage de ses recherches
plastiques expressionnistes, alors en plein épanouissement. Il y applique, en plus
du style auquel il adhère, une touche personnelle subtile et singulière.

Par ailleurs, l’œuvre de Caron nous invite à revisiter le Grand Curtius qui présente
dans ses collections des Sedes Sapientiae, dont la plus célèbre est la Vierge
d’Évegnée.

Grégory Desauvage
Conservateur au BAL

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