Portrait d’Arnold Rey

Décembre 2013
dimanche 1er décembre 2013
par  Musee
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Jacques OCHS
Portrait d’Arnold Rey
Huile sur toile
Don de Denise Rey, 2013
Musée des Beaux-Arts de Liège (BAL)


Ce portrait d’Arnold Rey (1867-1940), pasteur protestant d’origine suisse, est l’œuvre du dessinateur et peintre liégeois Jacques Ochs. A sa mort, l’artiste légua plus de 700 dessins au Cabinet des Estampes et des Dessins de la Ville de Liège (qui a rejoint aujourd’hui les collections du BAL). En septembre 2013, le BAL reçoit une œuvre picturale d’Ochs, offerte par la petite-fille du pasteur.

Cet homme d’âge mûr au menton pointu, au nez aquilin et au regard sévère est le père de l’homme politique, Jean Rey (1902-1983), ministre et président de la Commission Européenne de 1967 à 1970. Costume noir et haut de col blanc à double languette (symbolisant, dans le protestantisme, l’Ancienne et la Nouvelle Alliance), Arnold Rey a revêtu son vêtement de fonction.

Arrivé à Liège en 1890, Rey devient pasteur l’année suivante. L’influence de son prédécesseur, le pasteur Pradez, poussait déjà les Liégeois vers un protestantisme libéral. Dans ce contexte, les fidèles trouvaient plus important de débattre des besoins moraux et intellectuels que de la vie religieuse, ce que Rey comprit dès le début de son pastorat. Ochs, lui-même protestant, aurait fréquemment été écouter les sermons du pasteur. Il aurait là-bas rencontré le fils du pasteur, Jean Rey, avec qui il se lia d’amitié, partageant tous deux la libre pensée.

Commençant son pastorat au temple protestant de Hors-Château, Rey entreprit, à la fin de la 1re Guerre, d’édifier un nouveau temple, plus moderne et moins vétuste au Quai Marcellis. En 1940, suite au bombardement d’un train dans lequel il partait en évacuation, le pasteur meurt.

Le contexte et la date d’exécution du tableau ne sont pas clairs. D’après les archives familiales, il semble que ce tableau fut une commande de la Communauté protestante du Quai Marcellis, probablement dans un but de commémorer le grand homme, afin de décorer la salle qui porte son nom. Pourtant, la petite-fille du pasteur qui a hérité du portrait dans la succession de son père Jean Rey, raconte avoir toujours vu ce portrait dans la cage d’escalier de sa maison d’enfance. Si l’œuvre a été commandée par la Communauté protestante, a-t-elle jamais figuré dans le temple ? Sinon, pourquoi n’y est-elle pas restée ?

Selon le contexte de création, Jacques Ochs, ami proche de la famille Rey, aurait probablement réalisé le portrait du pasteur d’après photo, au début des années 1940, après la mort de Rey. En effet, à cette date, l’artiste fut déporté à Breendonck et relâché deux ans plus tard. Chez Ochs, on note, dès 1942, une multiplication des créations picturales, notamment nombreux portraits. Ce portrait aurait peut-être été peint dans cette période de retraite forcée et de solitude. Par après, en 1944, l’artiste est fait prisonnier par la Gestapo, il se sauvera pour revenir à Liège en décembre 1945. Son activité picturale ne reprend qu’en 1948. D’un point de vue stylistique, la production d’après 1948 est très différente du portrait du BAL, elle se caractérise par une touche large et empâtée, très colorée. Or, ici, l’essentiel se compose de camaïeux sombres et sobres, proches des « portraits éternels », élaborés dans la première partie de sa carrière.


Fanny Moens
Collaboratrice scientifique au BAL

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