Les graveurs écrivent plus qu’ils ne parlent

vendredi 18 mars 2005
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Les graveurs ne parlent pas, ils écrivent... avec des pointes, parfois détournées de la panoplie du dentiste, avec des pinceaux, des ébarboirs, des burins, des berceaux, des brunissoirs, avec la souris de l’ordinateur ou avec un chiffon, un cure-dent, un coton tige, et même à la disqueuse.
L’un n’ayant pas la main sur l’autre…
Et qui se souvient que c’est depuis Niepce qu’ils se servent aussi - s’ils le veulent - de la photographie à laquelle ils veulent reprendre ce qui appartient à la gravure, ce qui leur appartient ?
N’oublions pas non plus le compte-fils...
Ce qu’il faut, ce qu’il faudrait, c’est écrire les choses, les sentiments, les valeurs, et leurs contraires, mais c’est quoi ces trucs-là, à moins qu’on les écrive vraiment ?
Les outils dans les mains et dans la tête des graveurs sont des moyens d’écrire, d’écrire à leur manière, d’écrire le plus, d’écrire le moins, d’écrire aussi et surtout le plus ou moins.
Ils ne se servent pas des mots, les graveurs, parce qu’ils sont amis de poètes qui eux non plus ne parlent guère, méfiants qu’ils sont de l’autour, de l’apparat.
L’un comme l’autre, ils veulent aller au moins mal de ce qu’ils sont, ils laissent l’anecdote aux autres, enfin, ils essayent...
Les autres leur en veulent parfois aux graveurs et aux poètes de rester dans l’ombre et souvent ils le leur font payer à leur manière.
Eux, ils s’en foutent, l’ombre, ils connaissent et ils attendent le coin de lumière que peut-être les autres – les autres - recevront ou pas quand ils « liront » leur gravure.
Et ils continuent à ne pas parler les graveurs. Ensemble dans les ateliers, ils se « font amis ».
Le reste, ils le gardent entre eux, pour eux.
Ce qu’ils donnent, c’est l’image imprimée. L’image capturée qui est leur écrit et qu’ils regardent sortir de la presse comme un journal, comme une photocopie ou un croquis sur une nappe de restaurant, souvent aussi sans mot dire.
Et parfois, pour parler quand même, un peu comme les paysans qui disent le temps, ils disent l’encre pas assez onctueuse, le papier pas assez « amoureux » ou trop, ou pas assez collé, les langes qu’il faudrait laver... pudiques les graveurs…
Mais on a ses faiblesses et ils en parleront peut-être un peu, juste en passant, à d’autres, comme par hasard, pour qu’ils partagent, s’ils le veulent. Mais le soir, avec un crayon, un marqueur mais surtout pas un stylo à bille, ils écriront une lettre d’amour presque toujours sans haine.
Entretemps, entre deux bains d’acide, deux impressions, trois clics de souris, ils continuent à « vivre » leur recherche plutôt qu’à la formuler : ils sont graveurs oui ou merde ?
Et un d’entre eux me disait l’autre jour, enfin l’autre nuit : « Où je vais ? Je ne sais pas mais ce n’est rien, de toute façon, je n’y vais pas… »
Les graveurs écrivent des images. Et qui n’a pas parlé d’essentiel, d’obligatoire, de nécessaire ?

Dacos


Ah ! C’est vrai, on me demandait de parler - écrire - à propos de la Biennale... mais bon, ce sont des graveurs qui sont à ces cimaises non ?
Et ils écrivent bien…


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