Le petit prince du BAL

Mars 2014
 mars 2014
par  Musee
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Élisabeth de Belgique
Buste de S.A.R. le prince Albert de Belgique, 1939
Marbre
Musée des Beaux-Arts de Liège (BAL)


Parmi les sculptures des collections du Musée des Beaux-Arts de Liège, un portrait en buste du prince Albert attire singulièrement l’attention. Il étonne tout autant par sa qualité formelle que par la renommée de l’artiste et du modèle. Ce marbre, peu connu du public, mérite quelques éclaircissements.

Élisabeth de Belgique (Possenhofen, 1876 – Laeken, 1965)
Élisabeth naît et grandit en Haute-Bavière, au château de Possenhofen. Elle compte dans son entourage familial des figures historiques telles que sa tante Élisabeth1 qui épouse en 1854 l’Empereur d’Autriche, François-Joseph Ier. Élevée dans un milieu intellectuel et cultivé, elle a une éducation stricte. Artiste dans l’âme, elle puise son inspiration dans son entourage direct.

En se rendant aux funérailles de sa tante à Paris, en 1897, Élisabeth rencontre Albert de Belgique. Par la suite, leurs familles organisent de multiples rencontres qui s’achèvent par un mariage à Munich, le 2 octobre 1900. Elle s’installe à Bruxelles et, peu après le décès du roi Léopold II, Albert Ier accède au trône le 23 décembre 1909 : Élisabeth devient reine des Belges. Elle entretient des contacts avec de nombreux artistes (l’écrivain Émile Verhaeren, le peintre Émile Claus et de célèbres musiciens), visite les musées et se rend à de multiples concerts.

La musique reste en effet son domaine de prédilection. Elle apprécie surtout Gabriel Fauré, Camille Saint-Saëns et Eugène Ysaÿe avec qui elle crée, en 1937, le 1er Concours International de Violon. Après l’accession au trône de son petit-fils, en 1951, Élisabeth s’établit définitivement à Stuyvenberg. Elle se consacre avec autant d’intérêt aux beaux-arts et à la musique. Elle poursuit ses cours de violon et multiplie ses rencontres d’artistes et ses voyages.

Une reine artiste
Élisabeth s’intéresse dans un premier temps au dessin. À la suite d’une rencontre déterminante avec l’artiste Catherine Barjansky2, elle privilégie la sculpture : l’artiste lui donne des cours techniques, dès 1929. Par la suite, elle profite des conseils des sculpteurs Alfred Courtens3 et Georges Minne. Elle crée des portraits de son entourage sous forme de bustes.

Pour commencer, elle travaille finement la terre par petites touches d’argile qu’elle applique pour rendre les détails du modèle. Ensuite, pour unifier l’ensemble, les traits trop prononcés sont « lissés » et les lignes trop vives supprimées. Elle accentue son attention sur la psychologie du modèle. Fortement influencée par les nouveaux styles (l’Art nouveau et l’Art déco), elle se tourne progressivement vers un langage plus classique. Elle commande des copies en plâtre, en bronze et, parfois même, en marbre. La plupart du temps, ces dernières sont effectuées par Alfred Courtens.

À ses débuts, Élisabeth sculpte au château de Laeken. Désireuse de créer un atelier près des serres royales, elle charge l’architecte Fernand Petit d’en réaliser le projet. En 1938, il livre un atelier intimiste et lumineux dans lequel la reine travaille et expose ses œuvres. Ses portraits en buste participent à plusieurs expositions. En 1975, huit d’entre eux sont mis aux enchères à la Salle de vente « Campo » d’Anvers, tous sont issus de la collection privée du roi Léopold III. L’ensemble est acheté par un commissaire-priseur de Gand qui les remet en vente en 1977. À ce jour, l’identité des acquéreurs n’est pas connue.

Le buste des collections du BAL
Il s’agit d’un portrait en buste du prince Albert, réalisé en marbre blanc. Haut de 31 cm, il est fixé sur un socle de bois. L’œuvre est signée sur la gauche : « Élisabeth, 1939 », bien qu’elle semble avoir été achevée réellement le 8 février 1940. La pièce est exceptionnelle par la nature même de son matériau.

Ce buste s’inspire d’un buste en argile4 qui est, ensuite, exécuté en plâtre5 et, enfin, coulée en bronze. Il existe trois exemplaires en bronze : un à patine noire6 et deux autres à patine dorée7. Le buste du prince Albert est probablement la sculpture la plus populaire et la plus connue d’Élisabeth en raison de sa présentation récurrente à diverses expositions et par la création d’un timbre à son effigie.

Le buste en bronze à patine noire des Musées Royaux des Beaux-Arts de Bruxelles, réalisé le jour de noël 1938, reçoit une médaille de bronze à Paris, en 1939. Cette reconnaissance, qui est une grande fierté pour Élisabeth, la décide à commander une version en marbre blanc. Selon toute vraisemblance, l’exécution de cet exemplaire est confiée à Alfred Courtens. Une note écrite de sa main datée du 7 juillet 1939 est conservée dans les archives du secrétariat privé de la reine et précise : « Je me permets de rappeler à Votre Majesté le projet de remettre à la ville (sic) de Liège le buste du prince Albert. Courtens est à la disposition de la Reine pour tout ce qu’Elle commanderait à ce sujet ». Par ailleurs, le buste du BAL est conforme au style et à la technique du sculpteur. Son modelé souple et doux tranche nettement avec les autres exemplaires en bronze, traités davantage dans un mode impressionniste.

Le 1er mai 1940, la reine décide de léguer cette œuvre à la Ville de Liège qui l’inclut ensuite aux collections du Musée des Beaux-Arts. Pour officialiser ce legs, Élisabeth invite au château de Laeken une délégation liégeoise composée du bourgmestre Joseph Bologne, des échevins Auguste Buisseret (pour les Beaux-Arts) et Octave Lohest (pour le Patrimoine) et du gouverneur de la Province, Jules Mathieu. La sculpture est dévoilée en présence du petit fils de la reine (le futur roi Albert II), alors prince de Liège.

Grégory Desauvage
Conservateur au BAL

1 La célèbre Sissi, popularisée par les films de Ernst Marischka.
2 Il s’agit de la femme d’Alexandre Barjansky, le professeur de violon d’Élisabeth.
3 Alfred Courtens (Bruxelles, 1889 – 1967) : sculpteur belge, fils du peintre Franz Courtens.
4 Cette pièce, bien que légèrement endommagée, est conservée actuellement dans les collections royales.
5 Cette pièce appartient actuellement aux collections royales et est présentée dans l’atelier de la Reine Élisabeth.
6 Cette pièce était disposée dans l’atelier de la reine et ensuite à la résidence de Stuyvenberg. En 1954, elle est donnée par la reine elle-même aux Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique (num. d’inventaire : 6708).
7 La première pièce est léguée à Albert II de Belgique. Une copie de celle-ci fut autorisée par Albert II pour être installée au Mémorial du Prince Charles de Raversijde. La seconde est donnée par la reine à Oxfam Belgique, en 1965. Elle est vendue à l’Hôtel des Ventes Horta, à Bruxelles, en septembre 1993. L’acquéreur n’est pas connu.

Buste en terre dans l’atelier de la reine

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