La résistance dans le trait ou le témoignage historique d’un homme

Octobre 2014
mercredi 1er octobre 2014
par  Musee
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José FOSTY
Les morts de la nuit au Petit Camp
entre 09/1944 et 05/1945
Crayon sur papier
Don de l’artiste
Collection du Musée des Beaux-Arts de Liège (BAL)


1943 – 1945, au camp de concentration de Buchenwald, José Fosty, jeune artiste belge, à peine âgé de vingt ans, dessine en cachette les scènes de vie qui rythment ses journées, les endroits qui créent son quotidien et les visages de ses co-détenus.

José (ou Joseph) Fosty est né à Dalhem, en 1919. Il suit les cours de gravure et de dessin à l’Académie des Beaux-Arts de Liège, puis à Saint-Luc, avec des professeurs comme Delfosse et Bonvoisin. Puis, la guerre éclate et Fosty, âgé de 19 ans, est mobilisé au Fort de Pontisse. En 1940, il est blessé à Abbeville et évacué à Paris. À la capitulation belge, Fosty rejoint le groupe du Service des Renseignements et Actions de la Résistance. Dénoncé en octobre 1942, il est emmené dans le camp de concentration de Buchenwald où il reste trois ans. Buchenwald abrite une trentaine d’artistes dont treize dessinent clandestinement pendant leur détention. Avec d’autres artistes et écrivains prisonniers (Salme, Taslitzky, Verdet), Fosty organise des évènements culturels clandestins : concerts, débats, concours de poésie. Le 11 avril 1945, le camp est libéré par les Américains, avec l’aide de l’Organisation de la Résistance Clandestine. Fosty rentre alors en Belgique, à Visé où il devient fabriquant de jouets en bois, puis trieur de nuit à la Régie des Postes.

Malheureusement, une partie de la production réalisée à Buchenwald a disparu, lors du bombardement d’août 1944 de la Gustloff-werke, usine du camp dans laquelle Fosty dissimulait ses dessins, et par la suite de l’oubli, dans le train de retour, de la valise contenant une grande partie de ses dessins.

En 1995, José Fosty fait don de 151 dessins au Cabinet des Estampes et des Dessins (aujourd’hui intégré au BAL) qui sont tous postérieurs au bombardement de l’usine. Entre art et archives, ce fonds peut être considéré à la fois comme un précieux témoignage historique –voire sociologique –, et comme mode d’expression artistique à part entière.

En 2013, la donation a fait l’objet d’une campagne de restauration par Allisson Michel, étudiante à La Cambre. La problématique rencontrée sur ces dessins réside dans le vieillissement progressif et la dégradation des supports et du fixage des tracés. Selon le contexte de création, il va sans dire que les papiers, récupérés ci et là, et les crayons graphite de mauvaise qualité, volés aux SS, rendent ces dessins extrêmement fragiles dans le temps. Les 151 pièces ont ainsi été démontées de leur support cartonné, ont été fixées et conditionnées.

Les thèmes des dessins illustrent de nombreuses scènes de la vie quotidienne : pauses de midi, repas au chantier, concert de jazz, repos des détenus, etc. Ces dessins traduisent, avec une certaine retenue, l’angoisse et l’horreur des camps, comme dans Les Morts de la nuit au petit Camp.

Fosty retrace le moment où, comme chaque matin, on dénombre les corps morts pendant la nuit. Le compte est fait par un détenu et doit absolument correspondre au chiffre précédemment fourni par le SS. S’il y a discordance, le recensement est repris encore et encore par le prisonnier jusqu’à ce qu’il tombe au même chiffre que le SS.

Les dessins de Fosty sont des croquis exécutés sur le vif. Excepté les six portraits de ses amis proches, relevant d’une finesse et d’une grande précision, les scènes du
quotidien de Buchenwald présentent des visages sans détails, où les personnages sont traités comme des silhouettes informes. Ce trait contribue à présenter les prisonniers comme des ombres ou des corps noyés dans la masse des détenus vivant dans le camp.

Fanny Moens
Collaboratrice scientifique au BAL
Boris TASLITZKY, Portrait de J. Fosty, peintre belge, 1944, crayon graphite sur papier © www.boris-taslitzky.fr
Et le camp se bâtit sous les coups de cravaches,
Tandis que les sapins se tordaient sous la hache.
Des morts, encore des morts,
Et nous autres vivants
Nous sommes plus morts que morts,
Nous sommes plus vent que vent.
Plus rien, plus rien, plus rien
Que des ombres passées.
Dans ce camp hitlérien
Que de corps ont flambé !

Extrait d’un poème La forêt enchaînée de J. Fosty


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