L’Autre Gérardy d’Ensor

Février 2014
samedi 1er février 2014
par  Musee
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James ENSOR
Portrait de Paul Gérardy
Fusain sur papier
Musée des Beaux-Arts de Liège (BAL)


C’est à l’occasion de l’exposition L’Autre Ensor qui se déroule au Grand Curtius du 24 janvier au 23 mars 2014 que nous avons choisi de mettre à l’honneur un portrait dessiné par James Ensor et datant de la même époque que les dessins inédits issus du Musée des Beaux-Arts de Tournai présentés dans l’exposition.

Avant d’être l’artiste visionnaire et inclassable connu pour ses masques, ses démons et danses macabres, Ensor (1860-1949) commence par dessiner. Du haut de la fenêtre de son atelier d’Ostende, il croque d’un trait rapide et vif les passants en mouvement. En même temps, dès les années 1880, il dessine de manière très détaillée, voire académique, des objets inanimés et des visages, endormis ou oisifs. Précis et réaliste, le dessin exposé ici se rapproche plutôt de ce deuxième type.

Écrivain et poète liégeois, Paul Gérardy (1870-1933) fréquente le même cercle intellectuel et artistique que le peintre ostendais. Aux côtés d’Auguste Donnay, Armand Rassenfosse, Richard Heintz ou encore Albert Mockels, il s’exerce à la réflexion critique, à la remise en question d’un art académique qui ne correspond plus aux normes de leur époque. Fondateur de la revue Floréal, Gérardy a collaboré à de nombreuses revues et recueils où ses textes prennent souvent des allures critiques et satiriques.
Avec les mêmes objectifs, James Ensor applique aux arts plastiques ce que Gérardy fait en littérature. Effectivement, Ensor est actif en contribuant, vers 1884, à la création du Groupe des XX – un ensemble d’une vingtaine d’artistes qui menait un combat contre l’académisme en proposant une réalité sociale non-idéalisée – qui, en 1894, devient La Libre Esthétique.

Dans un article de Jules du Jardin (1) (artiste belge contemporain d’Ensor et Gérardy), celui-ci raconte comment, par un jour d’hiver, James Ensor – admiré par Gérardy – a dessiné le portait de l’écrivain dans son cabinet de travail. À la manière des anciens peintres, il exécuta un visage plutôt ressemblant qu’il entoura d’une quirielle d’objets... S’agissait-il de simples bibelots décoratifs ? Ou d’attributs marquant la fonction de l’homme portraituré ? Il est vraisemblable que s’amassaient, dans son bureau, poteries flamandes, moulages antiques et toute une série d’autres curiosités. Un univers d’inspiration totalement « ensorienne ». Entouré de ses livres, un stylo à la main, Gérardy semble perdu dans ses pensées. Au-dessus de sa tête plane un blason rappelant sa double nationalité (les lettres « FR », pour la France et l’aigle bicéphale, pour l’Allemagne). Pour le reste, « Eh bien ! Figurez-vous que ce désir des agencements drôles fit dessiner par Ensor le petit cochon vert au-dessus de la tête du poète ; et derrière lui, la Vénus de Milo [la statue de Minerve], enceinte », écrit du Jardin. Donner un second degré de lecture et réinterpréter en détournant discrètement, pour donner une ironie sans précédant au portrait d’un ami.

Réalisé en 1894, le portrait de Paul Gérardy témoigne d’une veine à la fois romantique, voire historiciste qu’emprunte Ensor dès le début de sa carrière, mais
également une empreinte déjà expressionniste et tout à fait surréaliste, caractéristique de sa production picturale ultérieure.

Ce dessin fait partie d’un généreux don de la belle-fille de Paul Gérardy, composé de nombreux documents écrits aujourd’hui conservés à la Bibliothèque des Chiroux
de Liège, mais aussi d’œuvres d’art et d’objets ayant appartenu à l’écrivain conservé dans les collections du Cabinet des Estampes et des Dessins.

(1) Extrait de La Plume, Librairie de la Société anonyme, Paris, 1899, in-8°, pp.51-52.

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Fanny Moens
Collaboratrice scientifique au BAL

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