Job sur le fumier

Avril 2015
mercredi 1er avril 2015
par  Musee
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Lambert LOMBARD (1505 - 1566)
Job sur son tas de fumier, ca. 1540-1545
Encre et lavis sur papier
Dépôt de la Fondation Roi Baudouin, 2000


En 1959, la Ville de Liège acquiert, pour le récent Cabinet des Estampes et des Dessins créé en 1952, un premier album de dessins provenant du fonds d’atelier de Lambert Lombard, l’album d’Arenberg, qui ne comprend pas moins de 736 feuilles. Quarante ans plus tard, ce même Cabinet des Estampes bénéficie de la mise en dépôt par la Fondation Roi Baudouin d’un deuxième album, l’album de Clerembault qui contient 69 feuilles de plus grand format. Ces albums ont été composés par le chanoine Henri Hamal (1744-1820), célèbre collectionneur liégeois.

Les deux ensembles ainsi réunis en un seul lieu comptabilisent plus de 800 dessins en provenance d’un même atelier, fait exceptionnel pour l’époque de la Renaissance, tant pour les écoles du Nord que du Sud de l’Europe. Ce fonds constitue un témoignage particulièrement intéressant de l’activité d’un artiste humaniste mais aussi du fonctionnement d’un atelier au XVIe siècle. Outre des dessins de l’artiste et de son atelier, il contient des œuvres d’artistes italiens, français ou encore flamands.

Parmi les dessins aboutis de l’album de Clerembault, figure la représentation de Job sur le fumier. L’iconographie, assez rare, est extraite du livre de la Bible. Satan veut mettre à l’épreuve Job, homme droit et parfait, qui craint Dieu et se détourne du mal. Il le frappe d’un ulcère malin, de la plante des pieds au sommet de la tête. Son corps est recouvert de pustules que le sage homme, avec résignation, essaie de gratter à l’aide d’un tesson. Job repousse sa femme qui lui reproche de s’attacher à sa perfection et se tourne vers ses trois amis, venus le plaindre et le consoler. Quoique figure issue de l‘Ancien Testament, Job a rejoint les saints et est devenu, aux côtés de Saint Lazare, le patron des lépreux puis par extension, celui des galeux et syphilitiques. Il symbolise la résignation et la rédemption par la foi.

Hormis le fait que le corps du malheureux ne soit pas recouvert d’ulcères, l’artiste se réfère assez fidèlement au récit biblique : l’épouse énumère sur les doigts les raisons de sa désapprobation, Job, presque nu, assis sur son fumier, écoute ses amis qui palabrent autour de lui. Du troisième personnage, il ne reste que le pan coupé du vêtement.

Lombard n’a pas hésité à situer cette scène dans un large décor qui se décline en plans successifs : les ruines d’une architecture antique, au loin, un groupe de bergers et son troupeau anéantis par la foudre, un paysage boisé inhabituel dans l’œuvre du peintre, le tout surmonté de la figure dominante de Dieu le Père, entouré d’angelots, figure que l’on retrouve dans un autre dessin du même album (n°29).

Ce dessin, très soigné, a été découpé, comme l’attestent les figures tronquées sur les bords latéraux. La partie supérieure cintrée porte à croire qu’il s’agit d’une esquisse préalable à une peinture d’autel non retrouvée. On ne trouve cependant pas trace d’une mise au carreau préalable à la peinture, que l’on observe dans d’autres dessins comme La Crucifixion (n° 67) qui a servi de modèle au vitrail de la Cathédrale Saint-Paul. De très nombreux dessins de Lombard ou de son atelier sont découpés, le plus souvent maladroitement en délimitant le sujet, plus rarement en suivant une forme générale comme c’est le cas ici ou dans la très belle Descente de croix (KD 341/25) selon un arc en plein cintre.

Pour Godelieve Denhaene, auteur de plusieurs monographies sur l’artiste, « ce dessin est unique dans la production de Lombard. Il montre l’artiste confronté au rendu d’un vaste paysage, d’un décor architectonique imposant et de quatre figures en train de discourir. L’élément humain, pourtant particulièrement important dans cet épisode de la Bible, est ici dominé par l’ampleur du paysage dans lequel il s’inscrit, bien distinctement, au premier plan ».

Par le jeu complexe des drapés, les traits hachurés, les attitudes figées, l’historienne de l’art date ce dessin des années 1540-1545, après son retour d’Italie en 1537.


Régine Rémon
1re Conservatrice du BAL
Antonis Mor, Portrait de Lambert Lombard, 1550-1552, huile sur toile. Collection du BAL
Lambert Lombard, Dieu le Père et l’Esprit saint entourés d’anges et de putti, encre et lavis sur papier, Album de Clerembault n° 29, Dépôt de la Fondation Roi Baudouin

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