Jean-Luc Herman

Peinture-Poésie
vendredi 13 novembre 2009
popularité : 17%

du 13 novembre 2009 au 14 février 2010
Vernissage le 12 novembre à 18h (photos)
Catalogue couleur : 3 €

 Peintures-poésie de Jean-Luc Herman

Originaire de Theux mais résidant à Paris depuis de nombreuses années, Jean-Luc Herman reste très attaché à sa région natale. Il a choisi le Cabinet des Estampes pour présenter en avant-première son travail inédit intitulé « Peintures-Poésie ».

Depuis plusieurs décennies, l’artiste fréquente assidûment les poètes. Il parle d’une famille d’artistes, écrivains et musiciens animés d’une même sensibilité, d’un même attrait pour l’art abstrait, qui se retrouvent et travaillent régulièrement ensemble. En témoignent les très nombreux livres d’artiste édités, ainsi que les sérigraphies-poèmes et les 15 interventions en sérigraphie sur 15 écritures.

« Peintures-Poésie » est l’aboutissement de plusieurs années de travail, d’échanges. La première réalisation avec Claude Fayn, remonte à 2000. Les autres collaborations se sont succédées, au gré des rencontres, avec des périodes d’interruption : il faut prendre le temps, nous dit l’artiste.

Au départ, le peintre prépare le support dans son atelier à Paris. Le papier chiffon est mouillé des deux côtés avant de déposer l’encre aquarellée sur une face ; s’en suit un temps de séchage ; lorsque l’encre est devenue bien mate, qu’il n’y a plus de reflet, le papier est mis sous presse pour éviter les boursouflures.

Ensuite, commence le travail collectif. Jean-Luc Herman contacte les poètes, leur indique des extraits de textes qu’il apprécie particulièrement et qu’il souhaiterait intégrer. Ensemble, ils parlent de mise en page, de transcription, de calligraphie, de gammes colorées. Certains poètes transcrivent eux-même le texte sur le papier, c’est le cas de Claude Faïn, d’Israël Eliraz en hébreu et de Yadollah Royaï en persan. D’autres s’en remettent au peintre qui a alors adapté la calligraphie à chaque personnalité. Concernant la disposition du texte, quelques-uns optent pour un tracé qui structure et souligne les phrases, d’autres au contraire jettent librement les mots sur la grande feuille. Un cas isolé, le texte de Jean-Eric Riopel, dactylographié, puis transposé sur transparent avant d’être imprimé sur photocopie laser.

Au total, ce ne sont pas moins de soixante lavis rehaussés de poèmes qui sont présentés aux cimaises du CED.

  • 7 lavis sur papier chiffon, poèmes de Claude Faïn, 76 x 50 cm, 2000
  • 4 lavis sur papier chiffon, poèmes en hébreu de Israël Eliraz, 76 x 50 cm, 2001
  • 6 lavis sur papier chiffon, poèmes en persan de Yadollah Royaï, 76 x 50 cm, 2001
  • 2 lavis sur papier chiffon, poèmes de Jean-Eric Riopel, 65 x 50 cm, 2002
  • 5 lavis sur papier chiffon, textes de Martine Carchon, 76 x 50 cm, 2002
  • 5 lavis sur papier chiffon, textes de Gaspard Hons, 76 x 50 cm, 2007
  • 5 lavis sur papier chiffon, poèmes de Robert Gérard, 76 x 50 cm, 2007
  • 5 lavis sur papier chiffon, poèmes de Yves Namur, 76 x 50 cm, 2007
  • 7 lavis sur papier chiffon, poèmes de Yadollah Royal, 76 x 50 cm, 2008
  • 7 lavis sur papier chiffon, poèmes de Israël Eliraz, 76 x 50 cm, 2008
  • 5 lavis sur papier chiffon, poèmes de Jacques Izoard, 76 x 50 cm, 2008
  • 5 lavis sur papaier chiffon, poèmes de François Jacqmin, 76 x 50 cm, 2008

La volonté qui a guidé l’artiste tout au long de ce travail était d’aboutir à une véritable collaboration basée sur le respect et la complicité. « Jean-Luc Herman sait, non le poids, mais la justesse, la sensibilité et la sonorité des mots » (Claude Lorent). Dès lors, il se montre soucieux de ne rien imposer, de s’adapter à chaque personnalité, afin que textes et peintures deviennent complémentaires.

L’exposition est complétée par un choix de livres d’artiste provenant des collections communales, la Bibliothèque Ulysse Capitaine et le Cabinet des Estampes et des Dessins

A l’occasion du vernissage, présentation de l’exposition par Maximilien Guiol et hommage à François Jacqmin et Jacques Izoard par Anne Gersten.

Jean-Luc Herman, “ D’un simple quiproquo...”, lavis, texte de Martine Carchon, 2002. © CED - Ville de Liège

 Biographie

Jean-Luc Herman naît à Theux en 1936. Il étudie à l’Académie royale des Beaux-Arts de Liège, puis au collège Estienne ( « école du livre ») à Paris, où il s’établit en 1959.
Il entre comme artiste attaché à « L’univers des formes », collection dirigée par André Malraux aux éditions Gallimard. Dès 1971, il expose à Paris, Lyon, Genève, Bruxelles, Liège et réalise des albums avec les poètes jean Grosjean, Philippe Jaccottet, André du Bouchet.
Il rencontre le groupe des poètes de Liège : Jacques Izoard, Vera Feyder, Michel Carpeau, Gaëtan Lodomez. Il expose à Tours, Marseille et dans les Instituts français en Allemagne.
Dès 1984, il se lie d’amitié avec François Jacqmin, ils conçoivent ensemble l’ouvrage « Élémentaires ». Il poursuit son activité picturale dans la veine du monochrome, en 1990, il réalise des sérigraphies-poèmes avec jacques Dupin, Bernard Noël, Edmond Jabès ; en 1995, il est invité au Festival international de Trois-Rivières et à la bibliothèque nationale du Québec à Montréal.
En 1996, il fait une donation au cabinet des Estampes de Liège, qui y sera exposée la même année. Entre 1998 et 2000, il réalise 15 interventions en sérigraphie sur 15 écritures ( hébreu, arabe, bengali, persan...) qu’il présente au Mamac de Liège, expose à la galerie Florence Arnaud à Paris, à la maison de la Culture de Namur. Réalise des livres d’artiste avec Israël Eliraz, Robert Gérard, Gaspard Hons, Yves Namur. Il participe à la manifestation « L’Art dans les chapelles » en Bretagne, été 2002, et à saint-Pierre des Minimes, Compiègne, été 2003. En 2004, une importante exposition lui est consacrée au centre culturel « Les Chiroux » de Liège et au Musée royal de Mariemont en 2006. Il est représenté par la Galerie Didier Devillez à Bruxelles.

Jean-Luc Herman, lavis sur chiffon, poème de François Jacqmin et de Yadollah Royaï, 2008. © CED - Ville de Liège

 Dialogue silencieux entre créateurs

Lors de la rencontre avec une œuvre artistique le poète va au-delà de ses mots, il rejoint et touche la matière qui est aussi couleur et forme, mettant à jour le contenu de sa propre création. La texture colorée de l’image participe au mouvement vibratoire et à la projection de la lumière habitée, inscrite dans les mots, dont elle éprouve la présence, tout en ignorant le sens profond.

C’est l’œuvre monochrome de Jean-Luc Herman que nous évoquons, œuvre chargée de lumière qui n’en finit pas de nous surprendre et de surprendre de nombreux poètes. Elle nous invite à l’habiter, comme elle invite nos poèmes à entrer en connivence, à franchir cette mitoyenneté entre les mots écrits et les mots peints.

Où commence l’image du peintre, où finit l’éclat verbal * du poète ? Cet éclat prenant refuge dans une auberge de nuit et de lumière, dans la clarté du silence et la sonorité de la matière : auberge de matière, de forme et de couleur, de présence et d’absence à la fois.

Nombreux sont les poètes qui éprouvent la nécessité de s’abandonner dans l’œuvre solaire et la clarté nocturne des espaces rassurants de Jean-Luc Herman, appelés à tort, des monochromes. L’accueil de la poésie par le peintre reflète un besoin d’y loger ce qu’il éprouve en l’exprimant d’une manière directe, non verbale.

Formes, couleurs et mots s’accomplissent pleinement et en toute sérénité dans un lieu commun : auberge, atelier ou même icône. Peut-on encore parler de monochrome dans une telle fusion de la pensée et du geste, de la rencontre de deux chemins de pointe : le chemin qui monte et le chemin qui descend est un seul et même chemin (Héraclite).

Nous aimons situer les travaux de Jean-Luc Herman sur un plan purement esthétique. Il nous arrive, en relisant son œuvre de penser à Antoni Tàpies, à ce tableau de 2001 : Dues piles de terra, deux tas de terre. Tout est dit, la matière et l’esprit, l’origine et la finalité d’une œuvre artistique conçue au cœur de l’immanence.

Maître de la tranquillité, maître zen, notre artiste inscrit ses travaux dans le grain d’un papier sélectionné, sur un support de verre, de métal ou de schiste (ce qui le rapproche de Raoul Ubac). D’autres œuvres prennent corps dans l’air, le vent, sur des grands voilages légers, transparents, mobiles.

L’œuvre du créateur reflète-t-elle comme un miroir ses certitudes, ou est-elle le préalable à une conversation souveraine ** avec les poètes, notamment. Ou est-elle le témoignage d’un combat singulier entre la matière, le vide et le silence.

Je m’en tiens à un dialogue silencieux entre créateurs…

Yves Peyré*
René Char**

Gaspard Hons
2009


Navigation

Articles de la rubrique

Agenda

<<

2017

 

<<

Juillet

 

Aujourd’hui

LuMaMeJeVeSaDi
262728293012
3456789
10111213141516
17181920212223
24252627282930
31123456