Carolus Tremerie, le peintre de l’ombre

Novembre 2014
samedi 1er novembre 2014
par  Musee
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Carolus TREMERIE
Bords de la Lys
Huile sur toile
Achat à l’artiste en 1902
Collection du Musée des Beaux-Arts de Liège (BAL)


Si certains artistes ont une indéniable notoriété et sont très connus du grand public, d’autres cependant sont totalement ignorés. La renommée des artistes, principalement construite sur la qualité de leur travail et leur esprit novateur, varie selon de nombreux critères qui fluctuent au cours du temps : les canons de l’art, les modes, les critères du « bon goût », le goût du public, la redécouverte fortuite d’un artiste, l’actualité de son travail… Sans cesse, le regard du public évolue.

Carolus Tremerie est de ces peintres méconnus aujourd’hui auxquels il faut toutefois rendre justice en reconnaissant la qualité de son travail mais aussi la poésie et la simplicité de ses compositions. Il naît à Gand en 1858 et quitte rarement sa ville natale qui est pour lui un lieu d’inspiration permanent. Passionné par les arts, il est formé à l’Académie des Beaux-Arts de Gand chez Théodore Canneel [1]. Il rend les réalités sociales de son temps sans idéalisation et puise ses sujets dans son environnement direct : paysages et vues urbaines de la région gantoise, les béguinages et les rues pittoresques. Il s’adonne aussi bien à la peinture, à l’aquarelle qu’au pastel.

Tremerie s’inspire de son maître, Émile Claus dont il admire l’œuvre novatrice et l’esthétique soignée. Peintre gantois, ce dernier jouit à l’époque d’un talent incontestable qui lui vaut une reconnaissance nationale. Au départ de l’impressionnisme français, il parvient à développer une technique picturale originale appelée Luminisme. Cette spécificité post-impressionniste plonge la Belgique au cœur de la modernité artistique.

L’influence d’Émile Claus est considérable à l’époque. Alors qu’un groupe d’artistes s’installe dans les environs de Gand, précisément à Laethem-Saint-Martin vers 1895, une filiation artistique naturelle s’établit avec Claus. Cette première génération d’artistes s’inspire largement de ses principes luministes avant d’évoluer vers un style catégoriquement différent.

Parallèlement à ces peintres de Laethem-Saint-Martin, un groupe d’artistes fidèles se constitue autour d’Émile Claus. Parmi ceux-ci, Anne De Weert, Gabrielle della Faille, Maurice Sys, Octave Malfait, Modeste Huys et … Carolus Tremerie. À diverses occasions, ils exposent en commun en Belgique. Ils perpétuent les innovations plastiques de leur maître sans les remettre en question et n’ambitionnent aucun changement. Le luminisme est à leurs yeux le mouvement artistique le plus moderne du temps.

Carolus Tremerie séjourne régulièrement dans la région de Laethem-Saint-Martin et fréquente les peintres qui s’y installent. De 1920 à 1922, il habite d’ailleurs le village voisin : Deurle. À cette occasion, il s’inspire comme les artistes locaux de la nature environnante et de la Lys. Cette rivière donne l’opportunité aux artistes d’étudier la réverbération de la lumière sur l’eau.

Dans « Bords de la Lys », la structure de l’œuvre se découpe en trois pans : la partie supérieure occupée par le ciel, la partie inférieure occupée par la Lys et une ferme flamande disposée au centre. Au bord de la rivière, trois enfants observent un pêcheur sur une barque. Les développements luministes dans le ciel et sur la Lys sont les préoccupations essentielles de Tremerie. Il parvient à insuffler des atmosphères mélancoliques et silencieuses où rien ne se passe que l’écoulement du temps. Les personnages s’adonnent à leurs labeurs quotidiens et la vie passe sans éclat.

L’œuvre entre dans les collections suite au Salon pour l’Encouragement aux Beaux-Arts qui se tient à Liège en 1902. Il expose une seconde fois à Liège pour l’Exposition universelle de 1905 au terme de laquelle sa toile « L’Heure du Salut » entre dans les collections du BAL. À cette occasion, il reçoit du jury une médaille en vermeil. Ses toiles se trouvent également dans les musées d’Anvers, Gand et Verviers.

Grégory Desauvage
Conservateur au BAL

Le Luminisme
La technique luministe se définit comme l’application de touches nerveuses et rapides, dites divisées, de couleurs pures. Les peintres s’appuient sur les théories modernes du scientifique français Michel-Eugène Chevreul énoncées en 1839 qui établit la « Loi du contraste simultané des couleurs ». Il s’agit d’une étude sur la variation de perception des couleurs en fonction de leur proximité. Par exemple, selon qu’un jaune soit disposé à côté d’un rouge ou d’un bleu, il s’opère dans l’œil humain une variation de contraste, d’intensité mais également de teinte. Le jaune est donc perçu de façon différente selon la couleur qui la jouxte. Fort de ce savoir, Émile Claus mais aussi d’autres peintres luministes, appliquent ces préceptes. Les couleurs ne sont plus mélangées sur la palette pour obtenir une teinte donnée. Elles sont appliquées sans mélanges préalable directement sur la toile : c’est la proximité des couleurs pures qui créent une diversité de teintes, dans l’œil du spectateur.


[1Théodore Canneel (Gand, 1817 – 1892) : peintre, aquarelliste, dessinateur, lithographe. Formé à l’Académie de Gand, il a une prédilection pour les compositions religieuses et historiques, ainsi que pour les portraits. Il devient professeur à l’Académie de Gand dès 1850.


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